Texts

« L’urgence de la création et la quête du père, par Camille Carbonaro, auteure, éditrice »

FR _ “ Camille Carbonaro inscrit résolument son œuvre d’auteure et d’éditrice dans une pensée de la fécondité des migrations et du multiculturalisme, en ne cessant d’interroger la violence de ce qui est tu, de ce qui ne s’est pas transmis, de ce qui a été occulté des racines familiales. (…) S’intéressant à la question de la figure paternelle, la jeune éditrice inaugure une nouvelle collection intitulée Baleine Blanche avec le fanzine Oh fatche, jouant avec les archives et le mentir-vrai constitutif de la mémoire. (…) Macaronibook est porté par un esprit d’indépendance et de recherches permanentes, échappant pour une grande part, par choix militant, aux radars de la visibilité dominante. Il y a chez Camille Carbonaro une générosité et une urgence de créer très belles.”

EN _  » Camille Carbonaro resolutely inscribes her work as an author and publisher in a thought of the fertility of migration and multiculturalism, by constantly questioning the violence of what is kept quiet, of what has not been transmitted, of what has been hidden from family roots. (…) Taking an interest in the question of the paternal figure, the young editor inaugurates a new collection entitled Baleine Blanche with the fanzine Oh fatche, playing with archives and the lie-true constitutive of memory. (…) Macaronibook is driven by a spirit of independence and permanent research, escaping to a large extent, by militant choice, the radars of the dominant visibility. There’re in Camille Carbonaro’s universe, a generosity and an urgency to create that is beautiful. »

Texte de Fabien Ribery, L’intervalle, mars 2020 +

« Appelez-moi Victoria, la part manquante »

FR_ Même si l’art ne saurait être réduit au  statut de  simple thérapie et constituer une réponse à nos névroses, il peut, à condition de trouver la bonne distance, permettre d’interroger ces zones grises et floues qui nous séparent de nous-même. C’est à cette fonction, non pas assertive mais interrogative de la photographie que fait appel Camille Carbonaro dans un travail qui tient de l’autobiographie, de l’autofiction et d’une archéologie visuelle empruntant ses outils à la psycho généalogie, voire à la psycho magie théorisée notamment par Alexandro Jodorowsky . (…) Quête psychique mais aussi mystique donnant lieu à différents rituels, photographiques ou performatifs, auxquels elle se livre et dont elle assume, entre fiction et réalité, croyance, doute et poésie, la part de conduite magique (…) Chez elle, c’est parce qu’elle gratte là où ça a fait mal que tous ces souvenirs , vrais ou faux, prennent la forme en apparence déstructurée d’une écriture automatique, arrachée à la temporalité,  comme surgissant de ces et va et vient mémoriels d’un côté à l’autre des frontières. (…) Alors elle récolte, cumule, assemble, colle, sur imprime, brode avec ces souvenirs, tisse une matière avec toutes ces photos jaunies, ces lettres trouvées, ces images usées jusqu’à la trame pour n’avoir pas été conservées, ces  bribes de vies éparpillées qu’elle tire de l’oubli pour se réinventer une généalogie  et  retrouver le fil brisé de son histoire. Et c’est sans doute ce que révèle son gout  pour ces livres-objets par lesquels elle tente de relier, de page en page, ces traces mnésiques, les siennes propres cousues à celles des autres faisant d’elle, comme photographe et comme éditrice,  une véritable passeuse d’histoires.

EN_ Even though there is no question of reducing art to a mere therapy for resolving our neuroses, it may, if we’re able to step back and find the right perspective, enable us to start deciphering those grey, blurred areas that separate us from ourselves. It’s this function of photography that Camille Carbonaro employs, to question rather than assert, creating both autobiographical fiction and visual archeolog, borrowing tools from psycho-genealogy or even from the psychomagic theory developed by Alejandro Jodorowsky. (…) Hers is a psychic but also a mystical quest involving different rituals, photographic or in the form of performance art, a blend of fiction and reality, doubt and poetry, conjured up with a wave of her magic wand. (…) Since she picks at scars that hurt , all these true or false memories take on an apparent deconstructed form of automatic writing, outside of time, as if they had emerged from memories swinging to and fro across borders. (…) Then she harvests, accumulates, assembles, glues, prints and embroiders the memories, weaving a cloth with all these yellowed photos, these letters found, these images worn down to the weft for not having been preserved, these scattered fragments of lives that she draws from oblivion to reinvent her own genealogy and find the broken thread of her history. This is clearly shown in her taste for her objecbooks through which she tries to link, from page to page, the traces from her own memory sewn to those of others so that she becomes, as a photographer and publisher, a true story teller.

Texte de Dominique Roux, Appelez-moi Victoria édité par Filigranes, octobre 2018 +

En quête de ses origines par Camille Carbonaro

FR_  » Elle est Marseillaise, elle réside à Bruxelles et elle est partie à la recherche de ses racines Italiennes. En associant photographies, textes et documents, Camille Carbonaro trace une cartographie qui la raconte, entre réel et fiction. »

 » Avant la résidence, j’avais un peu tourné autour de l’histoire de mon père, de ma grand-mère…Smith et Prune Phi ( Ses deux complices de la Résidence 1+2 organisée à Toulouse au printemps dernier) m’ont convaincue de m’y mettre vraiment explique Camille Carbonaro, photographe et éditrice, dont les origines italiennes sont au centre de son nouveau travail exposé et publiés aux éditions Filigranes cet automne. Peut être que le départ de mes grands-parents qui ont quitté l’Italie pour Marseille, a conditionné ce que je suis, ce que je ressens. L’immigration Italienne en France est une immigration  » réussie » dans la mesure où les personnes se sont assimilées et n’ont rien transmis d’Italien à leurs enfants.« 

Pour développer son archéologie visuelle « qui explore les notions de mémoire, de généalogie et d’exil » par l’utilisation de photos, de textes et de documents – Camille s’est appuyés sur les conseils d’une psycho généalogiste. La psycho généalogie c’est une thérapie qui parle de l’influence de ses ancêtres de ses parents… ça parle de cette émotion positive ou négative –  détaille la jeune artiste de 29 ans, formée au Septantecinq, célébre école d’art Bruxelloise. « J’ai rencontré des personnes qui m’ont raconté leur vie et qui m’ont donné de la matière  avec leur archives, leurs photos… des documents familiaux qui associés à mon propre matériel à des récits, des témoignages, des collages, des broderies ou des textes personnels, me permettre de recréer une mémoire familiale (…) une manière de faire évoluer mon projet sur mes origines évaporées. » argumente Camille, qui a intitulé son travail Appelez-moi Victoria. La photographe affectionne particulièrement la forme Fanzine – Camille est aussi fondatrice de Macaronibook et de la plateforme d’autoédition EATMYPAPER. C’est donc naturellement sous cette forme que ce présente le résultat de sa recherche sur ses origines, fil rouge de sa résidence 1+2. (…) La résidence 1+2 2018 met à l’honneur les « têtes chercheuses » qui explorent et renouvellent la photographie contemporaine.

Texte d’Eric Karsenty, Fisheye Magazine #32, septembre 2018